Ce n'est qu'un au revoir : la fin de Man Repeller

La nouvelle est tombée la semaine dernière sur The Cut : après 10 ans de mode spontanée, libre, inventive et surtout bienveillante, Leandra Medine a annoncé l'arrêt définitif de son site Man Repeller, avec lequel elle avait déjà pris ses distances cet été suite à des accusations de comportements jugés racistes et classistes par plusieurs employés (un peu comme ce qui est reproché à Anna Wintour en ce moment). C'est donc sans elle et sous un nouveau nom raccourci, Repeller, que les publications avaient repris le mois dernier... Pour finalement s'arrêter très prochainement. Une décision qui serait motivée, en plus de la révélation de cette triste ambiance de travail et de l'impossibilité pour un média pareil d’exister hors de sa créatrice, par d'importantes difficultés financières. 


Quelles que soient les raisons de cette fin quelque peu abrupte, on se souviendra de Man Repeller comme d'une des premières plateformes digitales (à l'époque on appelait ça un blog, vous vous souvenez ?) à nous avoir fait voir la mode autrement, à grands coups de one-legged selfies, aka le selfie sur une jambe pour qu’on voit bien la chaussure dans le miroir de la salle de bain, et d'un savant mélange de luxe, de vintage et de mode abordable, quand mainstream et high-fashion se boudaient encore. 
A l'époque où on commençait déjà à remettre en cause la pertinence des magazines féminins, Leandra Medine nous a offert un point de vue ultra frais sur la mode et sur notre quotidien, rédigé avec humour et à la première personne. Elle nous a appris à arrêter de s'habiller selon les goûts des hommes hétéros (c'est d'ailleurs de là que tout est parti, man repeller signifiant littéralement repoussoir à hommes), à tenter des expériences… et même à identifier les bonnes toilettes publiques. Les vrais questions quoi, mais surtout celles qu'on n'aurait pas trouvé dans un média féminin il y a 10 ans. Un art du titre, un gonzo journalisme hilarant, des angles complètement fous, des témoignages super honnêtes, de la mode vraiment rigolote, Man Repeller ne faisait vraiment rien comme les autres. 


Voici nos articles préférés, à relire avec plaisir avant liquidation des stocks…


Tout ce que je demande, c'est un dress code à respecter.” in I let my colleagues dress me for a week and things got weird, où la journaliste s’habille selon le stylisme imposé par ses camarades de bureau (concept génial).

 


Nous vous confions les trônes (de porcelaine) les plus sacrés qui soient, ce qui, je pense, fait pratiquement de nous des soeurs.“ in MR’s guide to the best public restrooms in NYC, le guide essentiel de la Petite Commission dans la Grosse Pomme. 

Mais aujourd’hui, parce que je suis devenue d'une certaine manière un totem de l'infertilité, un talisman humain du désespoir sur lequel mes camarades pouvaient s'appuyer, j'ai le sentiment d'être une traître, et par conséquent, un pincement de honte, un peu de culpabilité et beaucoup de conscience de soi enveloppent l'évolution de ma grossesse.” in A different kind of pregnancy announcement, tres beau papier dans lequel Leandra Medine annonça qu’elle était enceinte de jumelles.


 Ma frange qui ressemble à un balai, indisciplinée et emmêlée, est l'équivalent émotionnel d'une couette par une nuit chaude. C'est peut-être un peu inconfortable, mais je préfère ça à dormir sans aucune couverture.” in You know that hairstyle you’d NEVER wear? We tested 5 où les nanas de la rédac’ essayent une coiffure que vraiment elles n’auraient jamais voulu avoir. 

J'espérais que mon mec ouvrirait les portes de mon placard pour y decouvrir toutes les choses que je veux secrètement porter et me dirait : "Putain, mais il y a un manteau gigantesque en fausse fourrure jaune et une paire de santiags rouges ici ! Passe-moi des sous-vêtements ! Bingo !"” in I let my boyfriend dress me for a week dans lequel la journaliste se retrouve (sagement) relookée par son petit copain pour la semaine.

 

 

“C'est peut-être la pire tête que j’ai jamais eu - même en incluant ce printemps de quatrième où j'avais eu une méningite et une mono en même temps.” in Giving Up Shampoo: A Horror Story, un épique et hilarant témoignage de tentative d'arrêt de shampoing.

Tant que vous avez assez d'argent pour payer votre loyer et acheter de la nourriture, ne vous inquiétez de rien.” in 3 women on what they’ve learned in their 70+ years of life sur les leçons de vie de (belles) femmes seniors.

Vous pouvez appeler cela un “look buffet à volonté”, mais perso, je préfère penser à la différence éblouissante entre une journée de merde et une chouette journée, rendue possible par rien de plus ou de moins que les vêtements que vous aurez choisi de porter.” in What’s the Psychology Behind My Fear of Overdressing? avec ses chouettes témoignages sur le concept du trop habillé.


Je ne retrouve jamais rien. Je suis constamment accroupie, pleurant, agitée, transpirant, renversant les tiroirs, jetant du maquillage sur mon lit pour chercher la SEULE chose dont j'ai besoin.” in How I finally decluttered my tiny apartment, un article très drôle et plein d’astuces pour organiser son petit espace.

Pourquoi travaillerais-je dur alors que je peux lire un article qui me parle de la seule astuce qui me permettra enfin de travailler dur ?” in The Myth of the “One Thing” That Will Change Your Life sur les tas de choses qu’on essaye en pensant qu’elles vont révolutionner notre vie du jour au lendemain (spoiler : ça ne marche pas comme ça).

On sait pas vous, mais nous on met d’ores et déjà de côté nos articles préférés pour la postérité, avant de dire au revoir et merci, et de sortir essuyer discrètement nos larmes. So long, Man Repeller!