Nous assurons toujours nos livraisons dans le respect des règles et de la sécurité de tous nos partenaires.

Plusieurs fois par jour, je désinfecte des surfaces. 

Je désinfecte le sol, le mobilier. Je désinfecte les poignées de portes et les interrupteurs. Je désinfecte bien sûr les légumes et le pain. Tel un démineur, je manipule les emballages alimentaires venus du monde du dehors avec d’infinies précautions. Sortir faire les courses me donne le sentiment d’être coincée dans un épisode de Koh Lanta (il n’en restera qu’un), et une fois rentrée chez moi au pas de course, j’ai envie de brûler mon blouson, mes chaussures, on n’est jamais trop prudent finalement. Je me lave tellement les mains qu’elles ont désormais trente ans de plus que moi. Je ne regarde plus de films, plus de séries : les acteurs s’y réunissent à dix dans une même pièce et se touchent trop le visage. La nuit, je me réveille en sursaut après des cauchemars d’un genre nouveau, où il est question de non-respect des distances de sécurité ou de poignées de mains létales. J’ai peur. J’ai peur et je n’en ai pas honte. Il m’arrive même d’en rire.  

Entre deux séances de désinfection, je scroll. Hier, je suis tombée sur cette citation de Roosevelt, postée par un ami et likée à gogo : « We have nothing to fear but fear itself ». Une semaine avant, l’écrivain Sylvain Tesson avait lancé une déclaration du même tonneau : « La première victoire du virus, c’est la peur ». Du prêt-à-penser testostéroné qui tutoie la crétinerie : la peur ne répand pas le Covid-19, mais l’arrogance, l’ignorance, le déni, oui. Seulement voilà, la peur a mauvaise presse dans la société des valeureux gagnants, elle naîtrait « d’une faiblesse de l’esprit » (voilà, je cite Spinoza), elle serait l’apanage des lâches, des perdants, elle nuirait à l’idéal d’ambition et de combativité du groupe social. Alors il faudrait affronter sa peur, et la surmonter, et puis obéir aux injonctions à la force et au courage, quitte à se violenter. 

Mais une autre voie est possible : si, pour une fois, on posait sur notre peur un regard doux, sans jugement ? Si on apprenait à l’apprivoiser plutôt que de la combattre ? Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas attendu le Coronavirus pour être, souvent, et la plupart du temps sans aucune raison valable, terrassée par l’angoisse. Et j’ai appris, parfois malgré moi, que la peur est une école de l’humilité, de l’indulgence, de l’empathie, celle qu’on s’accorde à soi et aux autres. Peut-être même qu’ainsi, ma peur est devenue une force. 


Florence Willaert,

@corona_anxieux_united



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