Covid : la leçon suédoise ?

Seul pays européen à avoir refusé de confiner sa population au printemps 2020, la Suède s’était clairement démarquée de ses voisins scandinaves (mais pas seulement), s’attirant au passage des regards désapprobateurs et une réputation de pays super darwiniste où les plus faibles seraient oubliés.


Mais quelques mois après, où en sommes-nous ? Alors qu’une résurgence de ce vicieux virus se fait clairement ressentir ici, comme en Espagne ou en Grande-Bretagne, la Suède affiche une rassurante courbe en baisse, stable, bien en dessous de la nôtre*. Le gouvernement Castex, qui malgré une seconde vague tsunami-esque de contaminations ne reconfine pas, parle aujourd’hui avec un certain fatalisme de « vivre avec le virus ». Maintenant que l’on comprend vraiment ce que cela signifie, on réalise que ce n’est ni plus ni moins ce que la Suède recommandait depuis le début. Mais quelle est exactement la stratégie suédoise et peut-on l’appliquer partout, comme se questionne cet article de The Guardian ?

La Suède a fermé lycées et universités, évitant que les plus de 16 ans ne se regroupent, mais a conservé ses écoles ouvertes. Les suédois de plus de 70 ans**, ainsi que les personnes à risques, ont été vivement encouragées à s’isoler. Le télétravail est recommandé, ainsi que la distanciation sociale. Les restos, bars, clubs de sport et magasins sont restés ouverts tout le temps, normalement. Les seuls interdits portent sur les rassemblements de plus de 50 personnes. Incroyablement, le masque n’est même pas obligatoire ! L’épidémiologiste Anders Tegnell précise que tout ceci a pour but de ralentir la propagation du virus afin de laisser aux services hospitaliers assez de marge pour réagir, tout en préservant l’économie du pays. Il précise « c’est un marathon, pas un sprint ». Si vous ajoutez à ce calcul à long terme les effets secondaires d’un confinement strict (augmentation du chômage, séquelles psychologiques), vous aurez une vision assez exacte de la façon dont la Suède a envisagé la chose. Et après des mois d’exercice, il semblerait que ça marche.

Ce qui est en passe de devenir un exemple (après avoir été l’objet d’incompréhension totale - justifiée à l’époque par l’ignorance assumée et bravache du pays de toutes recommandations émanant de l’OMS, ou de données scientifiques contredisant sa méthode), repose sur une approche « légère » du sanitaire. Rien de dicté par un gouvernement central qui ne se permet pas de réglementer la santé de ses citoyens, rien d’obligatoire non plus, la tactique suédoise fait appel à un truc rare : le bon sens. Avec de simples recommandations en local et la responsabilité civique de tous, ce modèle s’avère étonnamment durable à long terme. Le gouvernement suédois a ainsi fait le pari d’éduquer ses ouailles et de les laisser participer à la lutte contre le coronavirus. En les émancipant, il leur a permis de comprendre comment protéger au mieux eux-mêmes et les autres. Cette pédagogie, doublée d’un tracing rapide pour arrêter la contagion à temps, sont finalement les outils les plus efficaces dans le temps pour la lutte contre la Covid-19.

Alors, aujourd’hui qu’en France grondent des « il est interdit d’interdire », pourrions-nous également adopter cette façon de faire qui semblerait répondre à ce désir de liberté démasqué, assorti d’un ras-le-bol généralisé? Pas forcément justement. Car ce modèle repose sur la capacité des suédois à se responsabiliser naturellement, sur leur obéissance naturelle et volontaire, et surtout sur une grande confiance mutuelle, du gouvernement pour ses citoyens et vice-versa. Autrement dit, un élément qui nous fait cruellement défaut… Comme le souligne Dorit Nitzan, directrice Europe des urgences à l’OMS, « chaque pays a sa méthode, basée sur un contexte et sa situation spécifique, et qui doit paraître censée scientifiquement et culturellement acceptable. Celle-ci, c’est juste celle de la Suède. ». Voilà, il n’y a pas de taille unique et aucune stratégie, même contre cette maladie mondiale infinie, n’est pour le moment réplicable à l’identique. Et nous n’allons pas, d’un coup de baguette magique, dompter les farouches Gaulois que nous sommes. Allez, on remet le masque en attendant.

 

* ces chiffres restent tout de même 10 fois plus élevés que ceux de la Norvège et de la Finlande, voisins de la Suède.

** un semi échec de ce point de vue, les maisons de retraite ayant été durement touchées... et l’affaire est à suivre car le pays envisage de relâcher l’isolement pour les fêtes de Noël.