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    Le mythe de la quarantaine

     

    La quarantaine, c’est pas du tout ce que je croyais. On m’avait parlé du temps long, du plaisir de s’ennuyer, de cette reconnection à soi, d’un retour à l’essentiel comme au tapis de yoga, de loisirs créatifs, d’un puzzle 1000 pièces, d’une cuisine inventive, d’une cure de sommeil. 

    On aurait presque cru à des vacances, avouons-le. De celles où l’on ouvre ce livre acheté mais jamais lu, où l’on fait son pain au levain en chantonnant doucement dans la cuisine, où l’on apprend à tenir un handstand, où l’on trie tous ses vêtements, où l’on fait enfin ce qu’on n’a jamais le temps de faire, etc. C’est ce que Macron proposait, ce que les comptes Instagram promettent tous et, en bonne cliente de l’influence, je me voyais déjà passer cette quarantaine en sainte, profitant de cette pause forcée pour en faire quelque chose qui ait du sens.

    Une précision : je fais cette traversée en solitaire (un big up aux parents qui doivent gérer leurs enfants comme aux couples qui doivent se supporter H24). Moi, rien ne me retient ni ne m’oblige, ma vie est donc devenue un open bar permanent. Après moins d’une semaine de confinement solo, me voici déjà en burn out, presque alcoolique et les cheveux gras. 

    La vérité, c’est que je traîne en pyjama toute la journée, que je me nourris principalement de fromage, que je m’hydrate au vin rouge, que je passe ma vie sur mes écrans et que je suis assise sur la même chaise depuis 16h non stop. La vérité, c’est que le télétravail reste du travail et que je n’ai plus une minute à moi. La vérité, c’est que je ne sais pas encore comment gérer mon temps et mon espace. Et forcément, ça m’angoisse de me découvrir si nulle en quarantaine. Mais je ne suis pas un cas isolé : sur 4 ami.e.s contacté.e.s en DM (de profils très différents), trois sont encore en pyjama à l’heure du déjeuner, l’un a commencé à boire à 10h30, une ne s’est pas douchée depuis 2 jours, et tout le monde a la gueule de bois d’hier. C’est aussi ça, la vérité.

    Comme pour la vie extérieure, mais sans obligations et notions de temps, il nous faut apprendre à cadrer notre isolement en se fixant des horaires et en poser des limites (rien ne vous oblige à répondre à tous les vidéo calls ou à dire oui à tous les apéros virtuels par exemple). Mais il faut aussi se détendre quant à notre approche de la chose : il n’y a pas de bonnes manières d’appréhender la situation puisque tout est nouveau, fou et potentiellement anxiogène. Faites simplement comme vous le pouvez, sans vous mettre la pression d’être le confiné parfait, laissez-vous le temps d’arriver à une routine quotidienne et sachez apprécier aussi cette totale perte de repères. Si je vais évidemment tâcher de remettre un peu d’ordre dans le bordel que sont devenus ma vie et mon intérieur (buts du jour : grand ménage, masque hydratant, cours de yin yoga online, banana bread), je me dis que c’est quand même bon de découvrir le petit animal sauvage et déboussolé qui vit en moi. Un animal rare, en voie d’extinction dans notre société normée, d’habitude régie par les plannings et les devoirs. Je laisse donc cette bestiole bizarre vivre un peu avant de l’apprivoiser, je lui donne le droit d’exister et de gambader librement. Et, au final, c’est peut-être comme ça que je suis en train de faire ce fameux chemin vers l’éveil spirituel, promis par tous en période de confinement… 


    Tania Bruna-Rosso

     

     

    Illustration @Mamouz