Livraison offerte à partir de 40€

On pensait avoir tout vu dans ce monde dystopique, mais chaque jour un nouveau scénario plus bizarre apparaît… Aujourd’hui : notre liberté va-t-elle dépendre de notre immunité ? Si celle-ci ne semble pas encore prouvée à 100%  (on ignore encore sa qualité et sa durée, même si on suppute qu’une personne infectée développerait des anticorps lui évitant a priori une re-contamination), elle fait déjà jaser.

Récemment, dans les conversations ou au détour de SMS lunaires, apparaissent des histoires de tests et d’immunité - « j’ai fait la séro, je suis nég’, retour à la case départ... ». Alors qu’on souhaitait jusqu’à présent éviter la maladie au maximum (et à raison - plus de 28 000 morts en France), nous voilà ironiquement en demande de Covid19. Pourquoi ? Parce qu’y avoir été exposé et l’avoir combattu équivaudrait à un précieux sésame susceptible de faire avancer de 5 cases sur le plateau du grand jeu du « retour à la normale ».

 

On a pu voir qu’en Chine, la population est « classée » par des codes QR via une app obligatoire sur smartphone : un code vert signifie que son titulaire peut circuler librement, tandis qu’un code jaune ou rouge requiert un signalement immédiat aux autorités suivi d’une quarantaine plus ou moins sévère (on appelle ça une smart quarantine). La Russie utilise désormais ce même genre de système et, à son tour, l’Europe essaye de définir à quoi va ressembler son programme de tracing, prévu moins restrictif et envahissant - à la manière des USA, pays également très à cheval sur les données privées. Aujourd’hui, nous saurons d’ailleurs si l’appli française StopCovid passe le test du Parlement après avoir réussi celui de la CNIL.

 

Immunité = liberté ?

Mais si la forme varie, le fond du problème (la gestion de la contamination) demeure. Nous allons probablement devoir être étiquetés en fonction de notre immunité : ceux qui ont eu le coronavirus et ne devraient théoriquement pas être re-contaminés vs. ceux qui sont encore susceptibles de choper la maladie et donc de la diffuser.

Cela va-t-il créer des situations inédites comme l’immunity jealousy, la jalousie immunitaire, évoquée par ce très intéressant article de Medium et dont nous reprenons ici les grandes lignes ? Puisque ceux qui ont développé les bons anticorps suite à leur infection/guérison pourront circuler sans contrainte (par exemple, monter dans des avions pour partir à l’étranger), que vont penser ceux qui, jusque là non contaminés, devront au contraire se protéger, s’isoler, se restreindre encore et toujours ? Bienvenue dans un monde de science-fiction où tout s'inverse : les gagnants sont les perdants - plus exactement, les déjà touchés par le virus Covid19.

 

Aussi dingue que cela puisse paraître, cette hypothèse est probable. Elle est d’ailleurs déjà appliquée sans que cela ne choque trop l’opinion publique (et pourtant !) aux personnes âgées et/ou immunitairement affaiblies. Ainsi, en attendant le vaccin, les lieux publics pourraient ré-ouvrir aux immunisés et restreindre leur accès aux individus dénués d’anticorps sur la base d’un passeport immunitaire. Exactement comme les codes QR chinois donc… Et comme pour la fièvre jaune qui fit rage aux USA au XIXème siècle où les personnes rétablies de la maladie étaient autorisées à travailler ou à contracter des prêts, privilèges dont étaient privés les autres, non immunisés.

La jalousie immunitaire est ainsi quasi inévitable. Gwendolyn Seidman, directrice du département de psychologie du Albright College à Reading en Pennsylvanie, explique : « Au mieux, les gens vont se dire que ce n’est pas juste. Au pire, ils vont réaliser que ceux qui n’ont pas respecté les règles de distanciation sociales ont finalement plus de chances d’être immunisés, tandis que ceux qui ont obéi aux ordres et sont restés bien sagement à la maison seront punis de l’avoir fait. ».

Non seulement, nous développerions une rancoeur certaine à la suite de cette révélation, mais nous perdrions confiance en ce qu’on nomme « l’hypothèse d’un monde juste », à savoir la croyance ancrée chez la plupart d’entre nous que le monde est équitable. Ce biais cognitif forme le socle solide des plus grandes religions, mais permet aussi et surtout à chacun.e de vivre une vie plus heureuse, sa santé mentale en positif grâce à ce concept même de monde juste. Et là, fatalement, cette histoire d’immunité ferait tout basculer. Boom, surprise, les gentils perdent à la fin. Comment se relever après ça ? En gardant le focus sur le plus grand que soi - pas Dieu, mais la big picture et la société. Il va nous falloir tout de même une énorme capacité d’abnégation, un sens du civisme encore plus développé, un état d’esprit méga altruiste pour pouvoir survivre à ce double sacrifice qui paraît clairement injuste. Nos sociétés n’étant pas aussi collectivistes que la Chine par exemple, ça risque d’être un sale moment à passer.

 

Le deal de l’immunité

Next level dans cette perspective abracadabrante de jalousie immunitaire, la possibilité que l’immunité devienne un bien convoité, puisqu’il équivaudrait à une liberté retrouvée. Comme évoqués par le reporter Donald G.Neil Jr dans le podcast du NYTimes, des scénarios plus violents pourraient donc bientôt apparaître, tels que l’usurpation d’immunité ou l’infection volontaire. 

Si on revient à la fièvre jaune de 1918, nombreux sont ceux qui « s’acclimataient » eux-mêmes, courant évidemment le risque d’en mourir. Une projection terrifiante mais pas impossible aujourd’hui encore : les individus les plus « sains », soit les jeunes sans problèmes de santé, pourraient être tentés de s’exposer au virus, sur la base de symptômes plus faibles constatés dans leur catégorie. Sauf que de jouer à la roulette russe alors qu’on ne connaît pas assez/encore/vraiment ce virus, c’est s’exposer à un trop grand danger (petit rappel : même jeune et sain, on peut mourir du Covid-19). Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour être très clair, non. Nous n’avons pas de confirmation que l’immunité existe vraiment. Ni même que les vaccins soient tout à fait fiablesTout ça pour ça.

Si une étude sur l’immunité croisée (à savoir une immunité acquise auparavant par une maladie similaire) laisse à croire que 60% de la population française serait en fait déjà protégée contre le virus, si des chercheurs ont revu récemment le seuil d’immunité collective à la baisse, si les cas de réinfections sud-coréens étaient finalement de « faux-positifs », si on avance doucement sur le chemin des bonnes nouvelles et, qui sait, de la guérison globale, il va quand même falloir s’armer de patience… Et plus nous aurons à attendre un vaccin qui nous mettrait TOUS à l’abri, plus il y a de chances que nous éprouvions un jour cette fameuse jalousie immunitaire. Attachez vos ceintures, on n’a pas encore atterri.

Article précédent
Article suivant
Fermer (esc)

Popup

Use this popup to embed a mailing list sign up form. Alternatively use it as a simple call to action with a link to a product or a page.

Age verification

By clicking enter you are verifying that you are old enough to consume alcohol.

Votre panier
Votre panier est vide.
Boutique